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La plupart des chevaux ont une inflammation des voies respiratoires. Et alors ?

La plupart des chevaux ont une inflammation des voies respiratoires. Et alors ?

Texte : Dr David Marlin

La majorité des propriétaires de chevaux savent maintenant que si l'on examine un échantillon de chevaux normaux « en bonne santé », il est probable que l'on trouve un certain degré d'inflammation des voies respiratoires chez 7 ou 8 sur 10. Cela soulève la question importante, si c'est si courant, est-ce que cela veut dire normal ?

Il serait peut-être bon, dès le départ, d'établir des définitions ou des explications de ces termes qui sont constamment remis en question, en particulier l'inflammation des voies respiratoires et l'opposition entre normal et commun. 

Selon l'endroit où se trouve « l’injure » dans le corps, différentes cellules du système immunitaire sont impliquées, notamment les neutrophiles, les monocytes, les éosinophiles, les lymphocytes, les basophiles, les plaquettes, les mastocytes et les macrophages. En général l'inflammation est une réponse des tissus vivants aux stimuli nocifs comme la chaleur, le froid, les polluants aéroportés (p.ex. l’ozone, du PM10 provenant des gaz d'échappement des voitures, de la suie, de la fumée), pollens, moisissures (champignons), poussière ou acariens fourragers, particules (poussière, fibre de verre, amiante, poussière de ciment, poussière de bois, squames animales), gaz (par exemple, peroxyde d'hydrogène, acide sulfurique) et liquides. De plus, l'infection par des bactéries, des virus, des protozoaires ou des mycoplasmes entraîne également une réaction inflammatoire. Une réponse inflammatoire est générée par les cellules du système immunitaire, généralement par contact avec la peau, par ingestion ou par inhalation. Lorsqu'un cheval ou une personne réagit à quelque chose qui l'a sensibilisé, on parle d’une réaction allergique. Une réaction allergique est une réaction excessive à quelque chose. Ainsi, par exemple, pour une personne allergique aux arachides, son système immunitaire réagit 100 ou 1000 fois plus vigoureusement à certains des différents types de protéines présentes dans l'arachide. Nous avons donc typiquement cinq types de réponse inflammatoire - irritante (ozone, gaz, froid), allergique (par exemple à des aliments spécifiques, pollens, moisissures), infectieuse (par exemple associée à une infection virale ou bactérienne), inflammatoire due à une blessure physique (p.ex. la réponse d'une entorse de cheville est inflammatoire) et enfin inflammatoire associée à plusieurs processus non infectieux (par exemple, inflammation du muscle cardiaque dans une cardiopathie, inflammation du foie dans une maladie hépatique).

Qu'est-ce que l'inflammation ? Les principales caractéristiques de l'inflammation sont :

  • Chaleur
  • Douleur
  • Rougeur
  • Enflure
  • Perte de fonction ou fonction anormal

L'origine du terme inflammation remonte au latin inflammare, qui signifie « mettre le feu » et reflète les composantes de chaleur et de rougeur de l'inflammation. Les réactions inflammatoires peuvent survenir très rapidement, parfois en quelques secondes et peuvent durer des années.

La nature, la gravité et la durée de la réponse inflammatoire dépendent de la gravité et de la durée de l'exposition, de ce à quoi le cheval a été exposé ainsi que de sa santé actuelle et de sa génétique.

l'exemple d'un cheval de six ans qui n'a pas de maladie respiratoire évidente et qui, pour la première fois, a été mis dans une écurie poussiéreuse. Ce cheval pourrait souffrir d'une réponse inflammatoire aiguë (rapide et courte). Les voies respiratoires peuvent se rétrécir un peu en quelques minutes, il peut y avoir une certaine augmentation du nombre de neutrophiles et d'éosinophiles dans les voies respiratoires (ceux-ci proviennent de l'apport sanguin des poumons et du tissu pulmonaire lui-même et voyagent dans les voies respiratoires). Les cellules qui produisent le mucus qui se trouve dans les parois des voies respiratoires peuvent produire un peu plus de mucus. Mais il est peu probable que nous voyions quoi que ce soit et si nous y retournons quelques jours plus tard, il se peut que nous ne soyons toujours pas au courant des changements. Mais, disons que ce cheval est dans cette écurie 12h par jour pendant les 2 prochaines années. Si nous retournions et que nous nous procédions à faire une endoscopie de ce cheval, nous pourrions bien voir certains changements. En effet, l'inflammation chronique (à long terme) peut avoir plusieurs conséquences. La première est que les parois des voies respiratoires deviennent plus épaisses sous l’effet des inflammations répétées et de l'accumulation effective de tissu cicatriciel dans les parois. En même temps, les muscles autour des voies respiratoires, qui se contractent au besoin pour protéger les poumons des irritants, deviennent plus épais et plus réactifs. Les cellules qui produisent le mucus peuvent également avoir augmenté la quantité de mucus qu'elles produisent, ce qui entraîne le blocage des petites voies respiratoires. Maintenant, le cheval souffre d'asthme équin (anciennement connu sous le nom de RAO ou MPOC équine). Celle-ci est une maladie chronique dont le cheval ne se remettra pas. Il peut être géré avec une meilleure qualité de l'air et des médicaments au besoin, mais les poumons de ces chevaux ne redeviendront pas « normaux ». L'asthme équin est une maladie qui dure toute la vie. Typiquement, l'apparition de l'asthme se produit vers l'âge de 5 ou 6 ans et elle est plus fréquente lorsque les chevaux vieillissent, comme c'est le cas pour l'asthme tardif chez les humains. Ce qui est étonnant, c'est que jusqu'à ce que ces chevaux aient souvent une exacerbation - un épisode clinique où personne ne peut douter qu'ils ont une maladie respiratoire (toux, écoulement nasal, baisse de performance, etc.), le propriétaire peut ne pas être conscient de ce qui se passe dans ses poumons.

Même que les premiers stades des maladies respiratoires à long terme comme l'asthme équin soient « silencieux », c'est-à-dire que nous n'en saurions rien si nous n’effectuions pas d’une endoscopie, le seul signal qui pendant des décennies a été accepté comme « normal », et qui ne devrait pas être ignoré, c’est la toux. De nombreux propriétaires interrogés sur la santé respiratoire de leur cheval diront que leur cheval « ne tousse jamais ». Cependant, si nous posons une question légèrement différente, telle que « votre cheval, tousse-t-il quand vous commencez à lui monter ? », de nombreux propriétaires répondront « oui », mais préciseront qu'avec une déclaration telle que « ah oui, il tousse en s'échauffant, mais c'est normal et il se racle la gorge ». Le cheval nettoie quelque chose, mais ce n'est pas sa gorge, c’est du mucus qui se dégage des voies respiratoires à cause de l'augmentation du mouvement de l'air et ce n'est certainement pas normal et ne devrait jamais être ignoré. Les chevaux présentant des symptômes respiratoires, même très légers, tels qu'une toux occasionnelle ou un écoulement nasal léger occasionnel peuvent présenter une maladie respiratoire modérée à grave lorsqu'on les examine à l’endoscopie.

Il y a plusieurs années, le Dr Colin Roberts, un spécialiste de la médecine respiratoire équine, et moi-même avons « étudié huit chevaux du British Endurance Team avant un grand concours ». Tous les chevaux vivaient en dehors 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Aucun ne présentait de symptômes de maladie respiratoire. Sept de ces huit chevaux ont eu besoin un traitement, et nous avons constaté la même chose chez de nombreux chevaux d'élite et dans de nombreuses écuries. Différentes études sur des chevaux « normaux » ne présentant aucun signe clinique (c.-à-d. visible de l'extérieur) de maladie respiratoire ont montré de façon constante que 70 à 80 % des chevaux d'écurie souffriront de maladie respiratoire.

Donc, pour en revenir à la question initiale, si c'est si courant, est-ce normal et est-ce important ? Pour comprendre si c'est normal, nous devons examiner ce qui se passe dans les populations de chevaux sauvages ou dans les populations de chevaux gérées de façon extensive. Ce que nous voyons ici, c'est un niveau beaucoup plus bas de maladies respiratoires. L'une des raisons pourrait être que ces populations vivent dans des régions où la qualité de l'air est meilleure, mais ce n'est probablement qu'une partie de l'explication. Une deuxième raison pourrait être liée à l'hypothèse de l'hygiène. Dans les régions du monde où les gens sont régulièrement exposés à des parasites et ont moins d'antibiotiques, les taux de maladies de type allergique sont beaucoup plus faibles. Je ne suggère pas à 100% que personne ne devrait pas vermifuger son cheval ou refuser un traitement antibiotique pour son cheval car ce sont deux des facteurs qui aident à expliquer pourquoi l'espérance de vie des chevaux domestiqués est probablement le double de celle des vrais chevaux sauvages. La dernière partie du casse-tête en ce qui concerne l'asthme équin est probablement l'exposition pure et simple aux allergènes. Plus un cheval est exposé longtemps à des allergènes tels que pollens, moisissures, bactéries, acariens, etc., plus il est susceptible de souffrir d'une inflammation des voies respiratoires qui, si elle persiste, augmente le risque d'asthme équin. Bien qu'une certaine exposition à ces allergènes se produise lorsque le cheval est à l'extérieur, la grande majorité de l'exposition se produit dans le box à partir du foin ou de la litière, particulièrement la paille et les copeaux de moindre qualité. De plus, lorsque le cheval est dans son box, le mécanisme de protection normal pour garder ses voies respiratoires dégagées est inactif ! En termes simples, lorsqu'un cheval est à l'extérieur et qu'il broute la tête en bas, cela aide le mucus à remonter les voies respiratoires et à réduire l'accumulation. L'accumulation de mucus est quelque chose que toutes les bactéries dans les voies respiratoires des chevaux attendent. Chaque cheval, même le cheval le plus sain, a quelques bactéries présentes dans ses voies respiratoires en attendant une opportunité. Attacher un cheval pendant aussi peu que 6 heures peut entraîner une augmentation du nombre de bactéries dans les voies respiratoires de plusieurs centaines, voire jusqu'à 1 000 fois.  Il est donc clair que la réduction de l'exposition aux irritants et aux allergènes potentiels peut réduire le risque d'inflammation des voies respiratoires et, à long terme, l'asthme équin.

Mais nous revenons à la question de savoir si c'est important... Tout d'abord, comme chez l'homme, les maladies respiratoires chroniques chez le cheval ont des conséquences graves sur sa qualité de vie. Deuxièmement, les maladies respiratoires représentent un lourd fardeau financier en termes de factures des vétérinaires, de médicaments, de nébuliseurs, etc. Troisièmement, il y a la perte de temps pour les chevaux gravement touchés en termes d’être montés. Ce n'est pas amusant, même pour le plaisir, d'être sur un cheval qui tousse ou un cheval qui n'arrive plus à faire son activité facilement et confortablement. Enfin, l'effet d'une maladie respiratoire, même légère, sur la performance a été bien documenté dans de nombreuses études différentes, des chevaux de course aux chevaux de concours complet, en passant par les chevaux de dressage, les chevaux de saut d'obstacles et même les poneys gymkhana. Si une maladie respiratoire est présente, même en l'absence de signes cliniques évidents (pas de toux, pas d'écoulement nasal), cela aura un effet négatif sur la performance.

En résumé, l'inflammation des voies respiratoires chez les chevaux est extrêmement fréquente. Ce n'est pas normal et même la moindre indication, comme une toux occasionnelle ou un écoulement nasal léger, indique qu'il faut en discuter avec votre vétérinaire et réfléchir à une endoscopie. Le risque qu'un cheval ou un poney développe une inflammation chronique des voies respiratoires ou, à plus long terme, l'asthme équin, est largement dû à la qualité de l'air à l’intérieure de l’écurie. Même chez les poulains d'à peine 3 mois, il est possible de voir la différence dans les voies respiratoires entre ceux qui sont en mauvaise santé et ceux qui sont en bonne santé. Dans ce cas, il vaut toujours mieux prévenir que guérir, ce qui, une fois que les chevaux ont l'asthme équin, n'est plus une option.