L'asthme - un problème pour les cavaliers et les chevaux par temps froid

L'asthme - un problème pour les cavaliers et les chevaux par temps froid

Par le Dr David Marlin

Toute personne qui souffre d'asthme sait probablement déjà que respirer de l'air froid, même au repos, peut entraîner une aggravation des symptômes respiratoires, notamment une sensation d’un resserrement de la poitrine et avoir du mal à respirer. En fait, la réponse à la respiration d'air froid est utilisée par les médecins comme un test pour ce type spécifique d'asthme. Lors des périodes de grand froid de ces dernières années, des organisations britanniques, telles qu'Asthma UK et le NHS - le service national de santé au Rouyaume Uni - ont émis des alertes pour avertir les personnes souffrant d'asthme des risques. « Le temps froid est un facteur déclenchant des symptômes de l'asthme ». 

L’association Asthma UK conseille ce qui suit pour vous aider à contrôler vos symptômes dans le froid : Enroulez une écharpe, mais pas trop serrée autour du nez et de la bouche - cela aidera à réchauffer l'air avant que vous ne le respiriez ; essayez d'inspirer par le nez plutôt que par la bouche - votre nez réchauffe l'air quand vous respirez". Il est également conseillé aux personnes atteint par l’asthme modéré à sévère d'éviter de faire de l'exercice physique intense par temps froid. En effet,   

l’exercice augmente la quantité d'air froid qui entre dans les poumons et plus vous respirez rapidement et difficilement, moins vos voies respiratoires supérieures sont capables de réchauffer et d'humidifier l'air inspiré.

Cette réaction au froid a d'abord été reconnue et largement étudiée chez les athlètes et les personnes qui pratiquent les sports d'hiver, et on l'a rapidement appelée « asthme du ski », car on a constaté qu'elle était très courante chez les skieurs de fond. C'était au début des années 1990. Cette année, une vaste étude menée en Suède auprès de jeunes skieurs âgés de 12 à 15 ans a révélé qu'environ un quart d'entre eux présentaient des signes d'asthme. Une étude réalisée l'année précédente a révélé une prévalence de 34 % chez les skieuses et de 20 % chez les skieurs.

Respirer de l'air froid, et surtout respirer de l'air froid pendant l'exercice, a deux effets principaux sur le système respiratoire. Le premier est qu'il entraîne une sensation d'oppression/difficulté à respirer et une respiration sifflante. Ceci est dû à un rétrécissement des voies respiratoires ou à une bronchoconstriction. Cela se produit lorsque les nerfs des

voies respiratoires sont stimulés par l'air froid et font que les muscles qui entourent les voies respiratoires se contractent et rendent les bronchioles plus petites. Cela peut se produire très rapidement - en quelques minutes. En plus, il peut également être inconfortable et toute personne atteinte peut avoir la sensation de dyspnée – la difficulté à respirer. Un deuxième effet de la respiration d'air froid est que cela provoque une inflammation des voies respiratoires. Cela peut entraîner l'accumulation de globules blancs et de mucus dans les voies respiratoires. Cela peut à son tour rendre les voies respiratoires plus réactives au froid - un cercle vicieux. Et cela peut signifier que la réaction à l'air froid peut devenir de plus en plus forte, au point où il est impossible de faire de l'exercice dans le froid ou que l'air froid peut entraîner une crise d'asthme grave et une hospitalisation. Les décès dus à l'asthme atteignent leur maximum pendant les mois les plus froids de l'année et pendant les années particulièrement froides. 

La cause réelle de l'activation des nerfs dans les voies respiratoires qui mène à l'inflammation n'est pas le froid lui-même. Ce qui est intéressant, c'est qu'il est dû à l'assèchement de la surface des voies respiratoires. Les parois intérieures des voies respiratoires dans les poumons sont « mouillées ». Elles sont recouvertes d'une couche de mucus aqueux. Pour les empêcher de s'affaisser, des cellules spéciales dans les parois des voies respiratoires sécrètent une substance appelée surfactant - le liquide vaisselle ou le savon est un surfactant ! Pour fonctionner correctement, les voies respiratoires doivent donc être mouillées ; c'est pourquoi il est important de bien s'hydrater quand on a un rhume, une grippe ou une infection thoracique. Ce qui est intéressant avec l'air, c'est qu'à mesure que vous le refroidissez, il contient de moins en moins d'eau - c'est-à-dire que l'air froid est très sec. Cela signifie que lorsqu'il arrive aux poumons,

il retire beaucoup d'eau des voies respiratoires. Et c'est ce qui mène à l'inflammation. Mais comment tout cela est-il lié aux chevaux, vous vous demandez. Beaucoup. Nous avons commencé avec des termes comme la « pousse », parmi d’autres, qui décrivent comment présentaient les chevaux. Nous sommes ensuite passés au terme COPD (chronic obstructive pulmonary disease, en anglais), mais comme ce terme est devenu exclusivement utilisé en médecine humaine pour la maladie causée par le tabagisme, il est devenu évident que ce terme n'était plus approprié et le terme d'obstruction récurrente des voies respiratoires (RAO, ou recurrent airway obstruction en anglais) a été adopté. Ces dernières années, il est devenu clair que ce que nous voyons chez les chevaux est extrêmement proche de l'asthme humain et c'est pourquoi le terme d'asthme équin est maintenant le terme préféré. Nous avons tendance à penser que l'asthme équin est causé par une mauvaise qualité de l'air, que ce soit dans un box ou à l'extérieur, et par les moisissures, les endotoxines bactériennes, le pollen, la poussière physique, les polluants (par ex. PM10, ozone, SO2, etc.) mais nous avons également montré que lorsque les chevaux travaillent, même au petit galop, en respirant de l'air à +5°C, cela entraîne des lésions des voies respiratoires. Nous avons également démontré que 48h après un exercice sous-maximal à -5°C, il y avait encore des signes de rétrécissement des voies respiratoires (bronchoconstriction). Certaines études suggèrent également que la fréquence des hémorragies pulmonaires à l'effort (EIPH) est plus élevée par temps froid.

Mais qu'est-ce que cela signifie en pratique ? Si vous avez un cheval qui a été diagnostiqué avec de l'Asthme Équin, il est conseillé d'éviter les exercices physiques intenses les matins froids lorsque la température de l'air est inférieure à +5°C. Ceci est particulièrement vrai si le cheval semble réticent ou moins disposé à faire de l'exercice les jours froids et/ou s'il a une histoire d'asthme équin. D’autres mesures que vous devriez prendre sont de vous assurer que la qualité de l'air dans l'écurie est aussi bonne que possible en maintenant une bonne ventilation et en utilisant une litière et un fourrage à faible teneur en poussière, comme du foin ou de l'enrubanné traité à la vapeur ou trempé. Nourrir avec de l'enrubanné, du foin trempé ou étuvé en hiver est également bénéfique pour le tractus gastro-intestinal, car le temps froid peut réduire l'apport en eau et augmenter le risque de coliques d'impaction. L'enrubanné et le foin traité à la vapeur sont préférable au foin trempé en hiver, car les bacs de trempage peuvent geler et le foin trempé très froid peut ne pas être aussi appétissant. Un supplément riche en vitamines C et A qui sont des antioxydantes peut également aider à soutenir le système respiratoire. Votre vétérinaire peut aussi vous fournir un bronchodilatateur oral comme le clenbutérol et/ou des stéroïdes inhalés. Toutefois, le meilleur conseil à donner aux chevaux atteints est de l'éviter. Et si vous êtes également asthmatique, le fait d'éviter l'équitation et surtout le travail dur ou pénible par temps froid vous profiterez tous les deux. Vous pouvez également en faire un sujet de conversation intéressant lors d'un dîner en demandant à d'autres invités quelle maladie ils pensent que vous et votre cheval partagez ? Peu de gens sont susceptibles de le deviner !

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